
En 2024, le prix de l'huile d'olive du pourtour méditerranéen a atteint des sommets historiques, mettant en évidence une réalité climatique indéniable. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la récolte en Espagne a chuté de plus de 50 %, passant d’une moyenne quinquennale de 1,3 million de tonnes métriques à seulement 620 000 tonnes. La production mondiale d'huile d'olive pour 2023-2024 s’est établie à 2,407 millions de tonnes, le niveau le plus bas depuis 2013-2014.
Et pourtant, malgré ces signaux de marché limpides, certains dirigeants d’entreprises et décideurs politiques – particulièrement aux États-Unis (disons Donald Trump et ses amis) – persistent à s’opposer à toute action climatique.
La réalité, cependant, est incontournable : le changement climatique redéfinit déjà les industries, les chaînes d’approvisionnement et les marchés financiers. L’ignorer ne protège en rien les entreprises de ses conséquences .
Marchés & Changements climatiques : L’économie se fiche des idéologies
Les forces économiques réagissent au changement climatique, indépendamment des croyances ou des affiliations politiques. Voici quelques évolutions de marché incontestables :
Crise de l'huile d'olive : La sécheresse et les vagues de chaleur en Espagne, en Italie et en Grèce ont provoqué une pénurie mondiale et une flambée des prix sans précédent.
Marché du café : Les contrats à terme sur le café ont atteint des niveaux inédits en 50 ans, le Brésil – premier producteur mondial – étant frappé par des sécheresses prolongées et des températures extrêmes.
Prix du cacao : À Londres, le prix du cacao a explosé, passant de 3 182 $ à 11 530 $ par tonne en juin 2024, conséquence directe de la sécheresse et des précipitations erratiques en Afrique de l'Ouest, qui fournit 60 % de la production mondiale.
Agrumes en Floride : La production d'oranges en Floride a chuté de manière dramatique. Entre 2003-2004 et 2023-2024, elle est passée de 242 millions de boîtes à seulement 12 millions (-95 %), en raison des ouragans liés au climat et de la propagation du « citrus greening »
Le cout de privilégier l'idéologie à la réalité business
Lorsqu’une entreprise privilégie l’idéologie au détriment de l’adaptation aux enjeux environnementaux, les conséquences sont tangibles.
Rupture avec les fournisseurs
Les relations avec les fournisseurs sont de plus en plus mises à l’épreuve. En 2024, plus de 40 fournisseurs de l’industrie de la mode, dont certains travaillant pour Mango, H&M et Levi’s, ont vu leurs engagements climatiques invalidés par l’initiative Science Based Targets (SBTi). Résultat ? Ces entreprises ont perdu l’accès à certains marchés et clients soucieux de l’environnement.
Hausse des coûts d’assurance
Les coûts d’assurance ont explosé. Après les incendies dévastateurs de Los Angeles en 2025 (250 à 275 milliards de dollars de dommages), le programme FAIR de la Californie a sollicité une aide sans précédent d’un milliard de dollars auprès des assureurs privés. Cela illustre comment les catastrophes climatiques font grimper les primes d’assurance, indépendamment des postures politiques.
Sanctions réglementaires
L’Union européenne impose des sanctions sévères aux entreprises qui refusent d’adapter leurs pratiques aux nouvelles réglementations environnementales de 2024. Contrairement à ce que certains imaginent, ces règles ne sont pas facultatives : elles entraînent des amendes substantielles et restreignent l’accès aux marchés.
Dommages réputationnels
Les dégâts réputationnels commencent à affecter directement les ventes. En janvier 2025, des actionnaires représentant 266 milliards de dollars d’actifs ont publiquement contesté la décision de Walmart de se désengager de ses initiatives en matière de diversité et d’inclusion (DEI). Cette opposition n’était pas motivée par la politique, mais par une évaluation des risques commerciaux. Dans une lettre du 14 janvier, les investisseurs ont critiqué Walmart pour ne pas avoir justifié économiquement ce revirement stratégique.
“Walmart has not offered a financial or business case for this change in policy,”
Extrait de la lettre des actionnaires
Le court-termisme, un pari perdu
Les chiffres sont clairs : retarder l’adaptation climatique ne fait qu’aggraver les coûts.
Les primes d’assurance dans les régions vulnérables au climat augmentent de 30 à 40 % chaque année.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement génèrent des effets en cascade.
L’exemple du Nestlé est édifiant :
Sécheresse en Afrique de l'Ouest → pénurie de 60 % du cacao mondial → flambée des prix de 3 182 $ à 11 530 $/tonne
Impact pour Nestlé : augmentation des prix de vente (+2,2 % de croissance organique), mais baisse des volumes car les consommateurs se tournent vers des alternatives
Érosion des marges et nécessité d’investissements massifs dans la résilience des chaînes d’approvisionnement
Ces bouleversements entraînent :
Hausse des coûts des intrants
Compression des marges
Baisse des volumes
Adaptations stratégiques forcées
Investissements de long terme
Les marchés intègrent ces risques dans leurs prix, qu’on les reconnaisse ou non.
On ne négocie pas avec les faits
La question n'est pas savoir si on croit ou non au changement climatique et plus largement aux principes de la RSE, mais de s'appuyer sur la science et les réalités du marché ou d’en subir les conséquences économiques inévitables du déni.
Ce constat est un avertissement clair : nous ne pouvons pas nous permettre des politiques climatiques et sociales dictées par l’idéologie plutôt que par la science et le pragmatisme économique. Les entreprises ont besoin de stabilité et d’un engagement durable de la part des gouvernements pour réussir la transition verte – pas d’une alternance de revirements politiques qui fragilisent les avancées.
Pour les dirigeants d’entreprise, l’enjeu est simple : s’adapter aux réalités du marché ou en payer le prix. Qu’on le veuille ou non, le marché continuera à intégrer les impacts réels des changements climatiques dans ses décisions économiques.
Merci !